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Philippe Bianconi en récital au 5ème Festival Bru Zane à Paris – Couleurs et caractère – Compte-rendu

Bâti autour du thème de la danse, le programme «Eh bien ! Dansez maintenant » de Philippe Bianconi avait déjà été donné au Palazzetto Bru Zane de Venise et (de façon partielle) au Festival Piano aux Jacobins de Toulouse à la rentrée 2016. On s’impatientait de le découvrir à Paris à l’occasion du 5ème Festival Bru Zane.

Cadre parfait que les Bouffes du Nord pour savourer un ensemble de pièces rares signées Saint-Saëns principalement, mais aussi Chaminade, Debussy, Bonis et Alkan. De la Suite op. 90 de Saint-Saëns qui l’ouvre, jusqu’à la coruscante Etude en forme de valse du même, le récital du pianiste français – l’un des très grands d’aujourd’hui – séduit par l’intelligence de sa construction (en trois chapitres : « Autrefois », « Ailleurs », « Autrement ») comme par l’imagination et l’engagement avec lesquels il est défendu. Prélude de l’Opus 90 : d’évidence Bianconi fait le choix de la couleur et de la plénitude harmonique sur son beau Steinway, pour cet ouvrage méconnu comme pour tout ce qui suivra. Et l’on se laisse prendre par la fluidité et le charme un peu frisottant de la Danse ancienne de Cécile Chaminade, autant que par l’aplomb, le relief – et le chic ! – avec lesquels sont défendues les nos 4 et 6 des Etudes op. 135 de Saint-Saëns – pages magnifiques du répertoire pour la main gauche.
Le Souvenir d’Italie – et de Liszt aussi ! – op. 80, toujours de Saint-Saëns, chante à pleins poumons et danse avec jubilation, la Mazurka de Debussy montre une fier caractère, la Barcarolle de Mel Bonis un lyrisme sans afféterie, avant que ne se déploie la Valse canariote de Saint-Saëns, longue pièce très contrastée que Bianconi  défend avec une irrésistible gourmandise sonore – sans parler d'un art consommé des enchaînements.

Judicieuse idée que d’avoir intercalé entre la Valse langoureuse de Saint-Saëns et la Mazurk’suédoise de Chaminade, la Marche funèbre op. 26 d’Alkan, morceau étonnant avec « effet de tambour voilé », qui introduit un contraste d’autant plus « efficace » dans le cours du récital que l’interprète en tire tout le suc harmonique. Quant à l’Etude en forme de valse, on se contentera dire qu’après Alfred Cortot et François-René Duchâble, l’interprétation de Bianconi entrera dans l’histoire s’il se décide à l’enregistrer avec le reste d’un programme formidablement accueilli par l’auditoire.
Le pianiste le redonnera en décembre prochain à Berlin lors du 1er Festival Bru Zane dans la capitale allemande.

Alain Cochard

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Paris, Théâtre des Bouffes du Nord, 14 juin 2017

Photo © Bernard Martinez

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