Journal

3 Questions à Adrien La Marca, altiste – Les joyeuses rencontres du Forez

Alto dans une main, carte de France dans l’autre, Adrien La Marca entame en compagnie de son frère Christian-Pierre, la 9édition de leur Festival du Forez. Il fait partie de cette belle escouade de cordes françaises, souvent  nourris de musique en famille et qui ont donné un nouvel essor au chambrisme dans l’hexagone, avec un esprit inventif et aventureux : les Capuçon, les sœurs Nemtanu, les Fouchenneret, plus récemment les Moreau et tant d’autres. Adrien La Marca a très vite séduit par la sonorité dorée de son alto, sa fine musicalité, qui rendent justice à la voix si prenante de cet instrument un peu mal aimé. Non content de jouer partout, son esprit d’aventure l’a conduit, avec son frère, le brillant violoncelliste Christian-Pierre La Marca, à s’implanter dans une région injustement délaissée, le magnifique Forez, où leur festival s’enrichit de couleurs inhabituelles. Un pari excitant qui le passionne.
 
Vous qui êtes originaire d’Aix-en-Provence, qu’est ce qui vous a conduit en Forez ?
 
Adrien LA MARCA : C’est notre père, musicien, qui en avait eu le désir. Mais il est décédé sans avoir pu mener son projet à bien. Du coup, pour honorer son rêve, mon frère et moi avons décidé de reprendre l’idée, avec évidemment peu d’argent, et deux concerts seulement la première année, dans le si beau site du prieuré de Pommiers. Nous nous sommes beaucoup battus et d’autres lieux se sont ouverts, des mécènes nous ont aidés et le groupe de nos amis musiciens nous a rejoints, ce qui donne une variété de registres tout à fait séduisante. Il n’y a aucun esprit de star system dans ces joyeuses rencontres.
 

Le prieuré de Pommiers © DR

Avez-vous une thématique dans le choix de vos programmes ?
 
A. L.M. : Absolument pas, au contraire nous prônons la variété, de façon à ce qu’un public divers puisse trouver son miel dans cette galerie multiple et riche en surprises. La seule exigence pour nous est la grande qualité des interprètes. Quand je vous aurai cité Neuburger, qui glisse cette année de Chopin à Debussy, et rappelé que Nicholas Angelich, Thierry Escaich, Philippe Hersant, Edgar Moreau et les Ebène sont venus ici, vous voyez que ce sont des grands parmi les grands. Nous voulons surtout que l’ambiance soit celle d’une vraie simplicité, d’une ouverture. Style de rencontre que nous pratiquons beaucoup, mon frère et moi, car nous allons jouer dans les écoles, les Ehpad, pour diffuser la bonne parole musicale.
 

Adrien & Christian Pierre La Marca © DR
 
Outre le beau classicisme des concerts auxquels vous participez, et notamment Heroes, qui reprend votre dernier CD(1), il y a quelques variantes inattendues?
 
A.L.M. : Notamment avec la merveilleuse China Moses, qui m’a fait rêver dans Le Roi Lion. Elle est accompagnée par son complice habituel André Manoukian, pour une pure soirée jazz. Egalement la voix bouleversante de Noëmi Waysfeld, pour un Soul of Yiddish, à la Bâtie d’Urfé, qui promet d’être exaltant. Je suis aussi très heureux d’accueillir Kévin Amiel, jeune ténor toulousain à la voix superbe, que nous ne craignons pas de programmer sous le titre Hommage à Pavarotti. Enfin, il y a la partie gustative, hors normes, grâce à François Pralus, cet immense chocolatier, véritable institution régionale, mais également connu dans le monde entier, qui soutient le Festival et mêle ses compositions à la musique, en faisant déguster quelques uns de ses joyaux chocolatés tout en écoutant des pièces choisies avec soin. Les saveurs parfois douces-amères de Debussy nous ont paru entrer assez bien dans cette démarche complexe et excitante. Concert gourmand donc que ce Musique et grands crus de chocolat dans le jardin du Musée Déchelette, grâce à ce géant de sa profession. Il nous a fait visiter son atelier à Roanne, c’était prodigieux de finesse et de savoir faire. J’espère que tout cela tentera un public de plus en plus divers, qui va croissant. Nous sommes très fiers que notre festival, débuté si sobrement, ait été classé comme le 10Festival musical de France !
 
Propos recueillis par Jacqueline Thuilleux, le 23 juin 2021

 (1)Adrien La Marca, Heroes (Walton, Grisi, Prokofiev), La Dolce Volta LD V75
 
 
9ème Festival du Forez
Du 2 au 18 juillet 2021 (à Andrézieux-Bouthéon, Charlieu, Pommiers, Roanne, Saint-Galmier, La Bâtie d’Urfé)
www.festivalduforez.com
 
Photo © Marco Borggreve

Partager par emailImprimer

Derniers articles