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Marseille - Compte-rendu - Le public du Gyptis sous le charme d’un récital inattendu

Pour le dernier concert de sa saison 2005, la Société de Musique de Chambre de Marseille peut se féliciter d’avoir invité deux solistes dont la réputation n’est plus à faire, la pianiste Russe Katia Skanavi (photo ci-contre) et le violoniste Canadien Corey Cerosek. C'est devant une salle chauffée à blanc que tous deux font leur apparition dans le théâtre du Gyptis – lieu d’emprunt pendant la durée des travaux de l’Auditorium de Médecine. Aucun cri d'hystérie pourtant mais bien une chaleur étouffante et irrespirable, laissant craindre une annulation de dernière minute. C’était sans compter sur le talent rare des deux musiciens : malgré des imperfections inévitables, ils offrirent un récital solide et surprenant.

D’entrée de jeu, la pianiste, pieds nus, donnait le ton de cette soirée en entraînant son complice dans une passionnante Sonate n°7 de Beethoven. Une partition riche en contrastes dont la fraîcheur, l’expressivité va comme un gant à ces deux musiciens. Katia Skanavi se distinguait par des interventions subtiles, optant un inhabituel son feutré et mystérieux, le legato précis à fleur de clavier. L’ancien élève de Josef Gingold trouvait, quant à lui, un formidable équilibre sonore et délivrait une lecture empreinte d’un grand lyrisme. Une jubilation impressionnante de maîtrise dans l’allegro final avec sa ligne chantante et autres traits limpides.

Cette belle complicité installée entre le violoniste et la pianiste se poursuit dans la Sonate en sol mineur de Debussy. Moins accessible compte tenu de sa densité sonore et sa complexité d’écriture, son discours n’en demeure pas moins très moderne. Très sollicité, le violoniste, servi par un son sensuel, laissa exprimer pleinement toute sa sensibilité, laissant entrevoir une superbe palette de couleurs abstraites et évanescentes.

Après l'entracte, retour du violoniste et de la pianiste, - chaussée ! - sourire malicieux aux lèvres, dialogue avec le public - pour aborder la sonate n°1 de Schumann. Malgré la chaleur, la salle ne s’était d’ailleurs pas vidée… Déception tant les deux compères ne semblaient pas donner leur pleine mesure. L’irrésistible fougue et inspiration du début de concert avaient disparues. Un léger décalage entre le piano et le violon, dans le 1er mouvement, - probablement dû à la fatigue accumulée par les musiciens en première partie - des phrasés heurtés, une basse inexistante et un rubato hésitant côté piano et Corey Cerovsek manquant même le trait final.

C’est alors que le meilleur restait à venir... pas moins de 6 bis pour clore cette éprouvante soirée ! Rappelant tour à tour la tendresse poignante et le dialogue enlevé du début du concert, deux magnifiques mouvements - l’adagio molto expressivo et l’incisif scherzo- de la Sonate no 5 "le Printemps" de Beethoven. Suivit une Marche à 4 mains, écrit par un compositeur Russe inconnu, ami de Gidon Kremer avec un Corey Cerovsek très à l'aise au piano ! Rappelons que le jeune homme possède également un doctorat en musique et en mathématiques ! En 4e bis, le scherzo pour violon et piano de Brahms et ses méandres du ressenti, inscrivant définitivement le duo parmi les tous meilleurs interprètes du compositeur. Suivirent en reprise les 2e et 1er mouvements de la Sonate de Schumann. Nouvel ravissement, une finesse de jeu subitement retrouvée pour conclure en beauté ce récital décidemment peu ordinaire.

Florence Michel

Photo: Vladimir Klavijo
 

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