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« Chemins d’Amour » au Théâtre Essaïon (jusqu’au 12 mars) – Rencontre-fusion – Compte-rendu

 
 
 
Pouvait-on rêver mieux pour la Saint-Valentin que le spectacle musical Chemins d’Amour créé par La Compagnie d’Être(s) & Passage Production, à la rencontre-fusion de la poésie et de la mélodie ? Une comédienne, une soprano, une pianiste. Aux mélodies choisies par Élise Efremov, formée au Conservatoire Cherubini de Florence et au Mozarteum de Salzbourg – elle est à la scène Pamina, Susanna ou Zerlina de Mozart mais aussi Musetta de Puccini ou Gilda de Verdi – la comédienne Moana Ferré, déjà rencontrée à l’occasion d’un suggestif Colette et la musique (1), répond par un florilège de textes généreusement pluriel, tant au masculin qu’au féminin – ceux du précédent spectacle convergeaient naturellement vers la seule personnalité de Colette.
 
Première et réjouissante surprise : l’amplification naturelle des voûtes de la petite salle du Théâtre Essaïon, installé dans les caves médiévales de l’ancien hôtel de l’Aigle d'Or, dans le Marais, format idéal pour un tel programme. Confortant l’intelligibilité du moindre mot, elle met en exergue l’admirable travail de projection de Moana Ferré, voix vive et enveloppante, poétiquement sensuelle et spirituelle, force et fragilité, répondant au mille affects de poèmes complexes fusant au gré d’une sensitivité communicative, et d’Élise Efremov, timbre chaleureux et d’une très musicale souplesse, phrases longues et incarnées portées par le souffle du théâtre. Au piano, Charlotte Coulaud, disciple de Brigitte Engerer et de Bruno Rigutto, dans un dialogue constant et expressif avec les voix favorisé par la mise en scène fluide, légère – jamais rien d’insistant mais un esprit pétillant et prenant qui vivifie le spectacle – signée Samuel Debure, lui-même chanteur et acteur, sur des lumières délicates et bienfaisantes de Cyril Desclés.
 
Apollinaire, Prévert, Frida Kahlo, Musset et George Sand, Renée Vivien (poétesse britannique de langue française), Hugo et Juliette Drouet, Louise Gillot de Saintonge, Shakespeare, Éluard, Baudelaire, Emily Dickinson, Marcelline Desbordes-Valmore, Rosemonde Gérard, Rimbaud…, l’amour dans tous ses états, de l’exaltation classique et romantique à celle des modernes. Versant mélodie, le spectre est tout aussi large : du Parlez-moi d’amour (1924) de Jean Lenoir, immortalisé par Lucienne Boyer, à L’hymne à l’amour (1949) d’Édith Piaf et Marguerite Monnot – la chanson française dans la continuité, magnifiquement, de la mélodie française –, via Fauré, Hahn, Duparc, Elgar, Debussy, Saint-Saëns ou Cécile Chaminade. Le piano confident et accompagnateur se fait aussi soliste : Rêve d’amour n°3 de Liszt en ouverture, vibrant Nocturne op. 27 n°2 de Chopin, irrésistible valse de Satie Je te veux – ici donc purement instrumentale, sans les paroles d’Henry Pacory. D’une continuité annihilant toute notion de durée, ce spectacle ne pouvait que se refermer sur Les Chemins de l’amour de Poulenc et Anouilh. Temps fort et moment exquis, qui se poursuit chaque mercredi jusqu’au 12 mars (2).
 
Michel Roubinet

 

Paris, Théâtre Essaïon (6, rue Pierre au Lard - 75004) / M° Hôtel de Ville), Paris, 14 février 2025 ; tous les mercredis jusqu'au 12 mars // www.essaion-theatre.com/spectacle/1091_chemins-damour.html

 
(1) www.concertclassic.com/article/festival-classicahors-2023-de-la-renaissance-au-siecle-de-colette-compte-rendu
 
(2) www.passageprod.com/nos-spectacles-en-production/chemins-d-amour/

Photo : (de g. à dr) Charlotte Coulaud, Élise Efremov et Moana Ferré © DR

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