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L’Opera seria de Florian Leopold Gassmann à la Scala de Milan - L’opera peu buffa - compte rendu

Opera Sera Gassman Scala Milan 2025
 

Depuis sa résurrection moderne sous la baguette de René Jacobs, on a pu revoir ici et là le très cocasse Opera seria de Gassmann (1769). La production de Jean-Louis Martinoty, créée à Schwetzingen en 1994, était venue dix ans après au Théâtre des Champs-Elysées, et c’est peut-être pour cela que Dominique Meyer a eu l’idée de reprendre cette œuvre dans la salle dont il est maintenant directeur. A moins que l’envie en soit venue à Christophe Rousset, car il est loin, heureusement, le temps où, d’une baguette empesée, Riccardo Muti dirigeait l’orchestre de la Scala dans les œuvres du XVIIIe siècle. Les Talens Lyriques sont dans la fosse, et cela s’entend bien sûr dès les premières mesures : même dans une salle aussi vaste, on ne perd pas une note de la partition, dont Christophe Rousset traduit tout le raffinement.

Même si elle relève de l’opera buffa, la musique de Gassmann est exigeante car il s’agit avant tout de dénoncer les travers des compositeurs, des poètes, des maîtres de ballet et surtout des chanteurs, d’où une prolifération d’airs parodiques qui caricaturent l’excès d’ornementation, le hiatus entre paroles et musiques, la sottise ou la suffisance des artistes… Après avoir assisté à la réception de l’œuvre par l’impresario, le deuxième acte nous montre le déchiffrage, la réécriture des airs et un fragment de répétition. Au troisième et dernier, vient l’heure de la représentation, qui vire à la catastrophe, après quoi vient l’heure des comptes, les mères des trois chanteuses évoquant le fiasco.

Opera Sera Gassman Scala Milan 2025

Photo : Brescia e Amisano ©Teatro alla Scala

La distribution compte une douzaine de personnages, seuls les quatre personnages de chanteurs sollicitant la virtuosité. Avant de revenir en fin de saison pour La Fille du régiment, Julie Fuchs remporte un beau succès dans le rôle principal, celui de Stonatrilla (« Détonante »), à qui sont réservés les airs les plus développés. On peut regretter que Serena Gamberoni n’ait peut-être pas exactement tout le brillant qu’appelle Porporina, mais Smorfiosa (« Mijaurée ») trouve en Andrea Carroll une interprète aux belles couleurs moirées. A ce trio s’adjoint un musico, soit un castrat, mais que Gassmann a curieusement confié à ténor, ce dont on ne se plaindra pas puisqu’il s’agit en l’occurrence de la superbe voix mozartienne de Josh Lovell. Il y a pourtant des contre-ténors dans la distribution, puisque dans l’unique scène où apparaissent les trois mamans (comme dans Le convenienze ed inconvenienze teatrali de Donizetti) : l’une d’elle est un ténor, comme les nourrices des premiers opéras italiens, mais les deux autres ont des voix aiguës. Dans la brochure de saison des Talens Lyriques, les rôles de Befana et Caverna n’étaient pas encore attribués, mais entre-temps, la Scala a engagé deux pointures, rien moins que Lawrence Zazzo et Filippo Mineccia. Pietro SPagnoli met toute sa faconde au service de Fallito (« Ruiné »), l’impresario qui déclare forfait à la fin.
 

Opera Sera Gassman Scala Milan 2025

Photo : Brescia e Amisano ©Teatro alla Scala

La production signée Laurent Pelly s’inscrit dans sa tendance « noir et blanc », que l’on a vu apparaître à peu près avec Le Barbier de Séville en 2017, et qui a notamment vu son triomphe avec A Midsummer Night’s Dream en 2022. Les costumes revisitent avec brio le XVIIIe siècle, mais le noir et blanc vire ici un peu à la grisaille, et il faut hélas attendre le dernier acte pour que le spectacle devienne vraiment drôle, la représentation de l’opéra dans l’opéra rappelant Une nuit à l’opéra des Marx Brothers.

Laurent Bury
 

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Florian Leopold Gassmann, L’Opera seria, Teatro alla Scala, samedi 29 mars, 19h30

 
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